Philippe Barraud: Immigration; une initiative bienvenue
Faut-il que le peuple puisse dire ce qu’il pense de la vague d’immigration qui déferle sur la Suisse, voire y mettre le holà? La classe politique et l’économie veulent soigneusement l’éviter, mais l’UDC pense que c’est nécessaire. Elle a évidemment raison: il faut débattre de cette question, puis voter. Cela s’appelle un processus démocratique.
Etonnant, comme les mêmes phénomènes se reproduisent sans cesse. Chacun voit se développer un problème important qui tourmente la société toute entière; les grands partis et les intellectuels se bouchent les yeux et les oreilles; l’UDC se saisit frontalement de la question, en fait une initiative populaire, en tire de gros bénéfices électoraux puis, souvent, emporte la mise un dimanche de votations. De leur côté, les médias citent en quelques lignes les arguments de ceux qui lancent l’initiative, mais ouvrent toute grande la porte aux opposants!
La vague d’immigration que nous subissons est l’un de ces problèmes, et les Suisses en constatent les conséquences jour après jour: le paysage et le cadre de vie s’enlaidissent à la vitesse grand V sous une avalanche de béton et de centres commerciaux, les logements sont inabordables sinon pour les cadres des multinationales, l’insécurité augmente, les transports publics sont débordés… Pourtant, à gauche comme au centre, on trouve cela excellent, on en veut davantage! Même les Verts considèrent que l’explosion démographique est un bienfait – mais certes, il y a longtemps que les Verts ne s’intéressent plus à l’environnement.
Par conséquent, l’UDC a mille fois raison de se saisir concrètement de ce problème, et il est probable que le peuple lui en sera reconnaissant. Quel est le constat? Il est simple et cru: les Suisses ne sont plus maîtres de leur politique migratoire, nos politiques nous ont conduit à un complet abandon de souveraineté dans ce domaine. Ce ne sont plus les Suisses qui décident, ce sont des carcans institutionnels internationaux. Nous ne pouvons donc que subir, quelle que soit l’origine de l’immigration: organisée par l’économie, ou résultant de la politique d’asile, elle est devenue une sorte de fatalité contre laquelle il n’y aurait rien à faire.
On comprend certes que les milieux économiques se satisfassent de cette politique de la chaise vide: ils peuvent importer toute la main-d’œuvre dont ils ont besoin sans restrictions, et n’hésiteront évidemment pas à la refiler demain à la collectivité et à ses œuvres sociales, lorsqu’ils devront licencier tout ce monde. Et ce n’est pas le discours tenu par EconomieSuisse, mardi dans 24 Heures, qui retiendra les Suisses de signer l’initiative: Mme Delphine Jaccard, responsable de projets auprès du lobby de l’économie, donne, dans la plus parfaite langue de bois, ses remèdes: «Nous ne sous-estimons nullement les conséquences sur le marché de l’immobilier ni les contraintes imposées aux infrastructures ou au corps social. En pratiquant une politique adéquate, ces effets peuvent être atténués de telle sorte que le bilan général demeure clairement positif.» Voilà qui est bien léger: qu’est-ce qu’une «politique adéquate», au juste? Les ténors d’EconomieSuisse ne pourraient-ils pas argumenter un peu, plutôt que de se contenter de paroles verbales?
Le constat posé par l’UDC est clair, et chacun peut le faire sien: «Les 330 000 résidents supplémentaires sur les quatre dernières années constituent une immigration débridée faisant pression sur les infrastructures, les besoins en sol, la consommation d’énergie ou encore les logements», remarquent les initiants. Le fait que cette immigration se poursuivre à rythme soutenu, particulièrement dans le Bassin lémanique, nous mène droit dans le mur, dans un environnement hyper-urbanisé dont les habitants ne veulent pas.
Il est donc temps que le peuple puisse reprendre la main, puisqu’il n’y a personne à la barre du navire.











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